Serenitas de Philippe Nicholson

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Titre : Serenitas
Auteur : Philippe Nicholson
Éditeur : CARNETS NORD
Collection : Littérature
Pages : 420
Date de parution : 07/05/2012
Prix : 20€

Paris, dans quelques décennies. La ville est tentaculaire, en proie à l’insécurité et à l’insalubrité. Alors qu’émergent, à sa périphérie, des îlots de luxe pour privilégiés, les quartiers pauvres sont sous la coupe des réseaux mafieux ; les services publics ont disparu, laminés par les intérêts privés.
Un soir d’hiver, alors que Fjord Keeling, journaliste au National, a rendez-vous à Pigalle avec un contact qui n’arrive pas, une bombe explose dans la pizzeria d’en face. Douze morts. Fjord était là. Un détail l’a frappé : aucun policier ne circulait dans cette zone habituellement sous haute surveillance. Très vite, le gouvernement, relayé par la presse, accuse les narcogangs qui gangrènent la capitale et y déversent une nouvelle drogue, la D23. Fjord n’y croit pas. Il est le seul…

« Partout en Europe, les entreprises ont pris le pouvoir face à des gouvernements embourbés dans leurs problèmes de dettes, de sécurité, d’emploi. Des villes privées voient le jour alors que le centre des capitales se transforment en no man’s land où cohabitent narco-gangs et les exclus du système privé. »

 

Paris, dans une future décennie, sert de décor à ce brillant livre d’anticipation, haletant qu’il est impossible de ne pas dévorer, tant le rythme est efficace et prenant  ! Cet univers est une extension de notre monde actuel et c’est là que réside la grande force de ce roman.

Les pays émergeants d’aujourd’hui sont devenus les puissances économiques dominantes, une Europe en totale déshérence, minée par la pauvreté, les conflits divers et le poids des dettes nationales.

J’en ai eu des frissons, tellement cette société est bien pensée, tellement réaliste qu’on s’y promène aisément ! Surtout que l’on voit poindre certains aspects abordés par l’auteur comme une prophétie…

Un état en faillite financière et morale, qui a perdu le sens du service public, à cause de multinationales qui ont pris le pouvoir.

« L’Europe est malade, l’Europe est vieille. Les états ne sont plus adaptés à la nouvelle situation. Ils sont trop petits, trop mal organisés et livrés à l’incurie des hommes politiques. Il n’y a plus de sécurité, plus d’emplois, plus d’enseignement, plus de soins. »

Un centre de Paris, zone de non droits, dont les mafias locales, se partagent, le marché de la drogue, le trafic d’armes et autres activités criminelles.

Les multinationales fortes de leur assise financière, dictent à l’Etat leur volonté, en quête de prise de contrôle du territoire national.

La place des individus, dans l’organigramme de l’entreprise, définit son possible accès aux « zones d’affaire », qui regroupent le logement confortable et lieu de travail, où l’on obtient soins, éducations pour ses enfants, privilèges et conforts sous conditions : être dociles et servir les intérêts de multinationales qui ont supplanté les services publics d’un État à la dérive.

L’individu doit ainsi jouer sa vie, s’il entend conserver ses avantages sociaux.

« Commençons par fabriquer des villes. C’est la première étape. Exit les pouvoirs publics, exit les maires, les conseils généraux, exit les régions et leur cortège de dettes mal gérées, d’investissements hasardeux, de décisions prises par des amateurs. Les habitants veulent de la sécurité ? Nous allons leur proposer des milices sud-américaines, les meilleures. Ils veulent des soins ? Nous allons leur fournir des médecins triés sur le volet. Ils veulent des écoles ? Nos professeurs viendront du monde entier. Ensemble, nous allons commencer par construire de nouvelles villes : les villes protégées »

Première ville ainsi créée, Serenitas.

« La ville la plus célèbre d’Europe. La première ville protégée construite dans le monde, à moins de vingt kilomètres de Paris ».

L’émergence de ces villes,  îlots de luxe sécuritaires, où le droit étatique laisse la place à une réglementation d’ordre privé, se traduit par la naissance d’une nouvelle géographie humaine, politique et financière.

Pour les exclus, la vie est dure, très dure, la misère est plus que palpable, ils sont noyés par cette misère! Perpétuelle recherche de nourriture, d’un abri, d’un peu d’humanité.

 » Quand sa société a fermé ses portes, il a cherché du travail pendant un an. Puis sa femme l’a quitté. Il a perdu son appartement. Et maintenant il dort dehors. Il a cinquante ans. Statistiquement, il devrait déjà être mort. L’espérance de vie d’un homme dans la rue est de quarante-six ans, contre quatre-vingt-cinq ans pour un salarié vivant en zone d’affaires »

A cela s’ajoute les enfants, analphabètes pour plus d’un tiers, vivant en bande ou alors, récupérés par des gangs, pour protéger leur trafic, prêts à tuer.

Les deux mondes vivent en parallèle et se croisent de temps à autre, sous la surveillance permanente des services de sécurité des entreprises.

Tout est entre les mains de ces groupes d’intérêts privés et rien ne compte plus que leur profit.

Un roman glaçant, qui nous pousse à la réflexion, bouleversant par son actualité car nous en lisons les prémices tous les jours dans nos journaux.


J’ai eu un vrai coup de cœur pour ce livre et me suis commandée Extramuros qui semble être une potentielle suite 🙂

Bio de l’auteur :

Philippe Nicholson, auteur français, a trois romans à son actif, et un parcours qui l’a ouvert très jeune aux littératures du monde, particulièrement des pays anglo-saxons. De mère écossaise, il a vécu à Londres et au Canada avant de s’installer à Paris. Il a goûté à l’univers de la finance, écrit des papiers économiques, travaillé comme équipier sur des voiliers en Atlantique, fait du conseil en communication et en finance. C’est un peu toutes ces voix qu’il laisse parler dans ses écrits : le financier dans Krach Party (Carnets Nord, 2009), le journaliste dans Serenitas (Carnets Nord, 2012). Son dernier ouvrage, Extramuros, est paru en 2015 aux éditions Kero.

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8 réflexions sur “ Serenitas de Philippe Nicholson ”

  1. Que voilà une belle chronique pour un roman passé trop inaperçu à mon goût.
    Merci de lui rendre honneur ici sous ta plume chère Julie.
    Comme toi, ce livre a été un coup de coeur.
    Et tu en parle bien mieux que moi, c’est cool ça. 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Rhooo merci merci ❤ ça me touche beaucoup ❤ Je l'ai déjà conseillé à plusieurs personnes de mon entourage 😉 J'ai hâte de lire Extramuros 🙂

      Aimé par 1 personne

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