Marche ou crève de Stephen King

imageAuteur : Stephen King
Éditeur : Livre de Poche
Date de parution Pages :1979
Pages  : 379
Prix : 7,10€

Mieux que le marathon… la Longue Marche. Cent concurrents au départ, un seul à l’arrivée. Pour les autres, une balle dans la tête. Marche ou crève. Telle est la morale de cette compétition… sur laquelle une Amérique obscène et fière de ses combattants mise chaque année deux milliards de dollars. Sur la route, le pire, ce n’est pas la fatigue, la soif, ou même le bruit des half-tracks et l’aboiement des fusils. Le pire c’est cette créature sans tête, sans corps et sans esprit qu’il faut affronter : la foule, qui harangue les concurrents dans un délire paroxystique de plus en plus violent. L’aventure est formidablement inhumaine. Les participants continuent de courir en piétinant des corps morts, continuent de respirer malgré l’odeur des cadavres, continuent de vouloir gagner en dépit de tout., Mais pour quelle victoire ?

Mon avis

Une dystopie d’anticipation, comme on peut les aimer, classé parmi les 100 meilleurs livres pour ado entre 1966 et 2000.

Stephen King a écrit ce roman en 1966-1967 alors qu’il était étudiant. L’idée lui est venu en faisant de l’auto-stop. C’est le premier roman que l’écrivain a réussi à terminer. Il l’a présenté à un concours du premier roman organisé par Random House, qui l’a rejeté. Finalement le roman est publié en 1979 sous le pseudonyme de Richard Bachman.

C’est grâce au club de lecture auquel je participe sur Facebook, que j’ai eu l’occasion de découvrir ce roman de Stephen King, qu’il a écrit sous le pseudo de Richard Bachman. J’ai pourtant lu certains King, mais celui-ci était passé à la trappe, ce qui en fin de compte n’est pas plus mal, car cette lecture se fait avec un regard neuf et plus mature 😉

Un titre qui colle parfaitement à la trame du bouquin, ce qui assez rare pour le souligner !

Garraty, fait partie des 100 participants à la « La Longue Marche », qui se déroule dans un futur indéterminé, une fois par an, le 1er mai, dont le fonctionnement est très simple : marcher sans interruption, à un rythme imposé de 6,5km/h. C’est un événement très attendu, retransmis à la télévision et suivi par des milliers de personnes. La marche ne s’arrête que lorsqu’il ne reste qu’une personne, le vainqueur, qui aura tenu plus que tous les autres.

Cette Marche repose sur un principe simple : à chaque infraction, marcher sous la vitesse minimale, enfreindre une des règles de la marche, le marcheur  reçoit un avertissement. Une heure sans infraction permet d’effacer un avertissement.

L’élimination est définitive puisque le groupe est suivi par un half-track dans lequel se trouvent des soldats armés. Après trois avertissements, le marcheur est éliminé : « il reçoit son ticket »

« C’était dans le règlement. On vous donnait trois avertissements. La quatrième fois qu’on passait au-dessous des 6,5 à l’heure on était… Eh bien, on était éliminé de la Marche. »

1280px-M3-halftrack-TCM-20-hatzerim-2-2

L’élimination c’est l’exécution ! Une balle dans la tête, Marche ou crève !

« Cent concurrents au départ, un seul à l’arrivée. Pour les autres, une balle dans la tête »

L’auteur commence lentement son récit, pour arriver à son paroxysme dans l’horreur et la descente en enfer.

« Quand il fait froid, tu peux marcher plus vite et te réchauffer. Quand t’as trop chaud, tu peux marcher plus lentement…et t’es refroidi. »

Ray Garraty « de plus en plus détaché de la réalité » est poussé dans ses retranchements, ses sentiments sont de plus en plus aiguisés et il prend de plus en plus conscience de lui-même et du monde qui l’entoure.

« Ses pieds avaient la migraine, le sang s’y coagulait, les gonflait et transformait les veines en spaghettis al dente. »

La peur, la solitude, la terreur, l’épuisement, nous sommes tous au bord de ce gouffre de folie avec ce compte à rebours qui devient obsessionnel.

« Quelle profondeur a t’il atteinte, à l’intérieur de lui-même ? Des brasses ? Des kilomètres ? Des années-lumière ? Quelle profondeur et qu’elle obscurité ? Et la réponse lui vint : trop profond pour voir dehors. Il se cache là dans le fond, dans les ténèbres et c’est trop profond pour voir dehors. »

Cette Amérique futuriste, avec sa foule en délire qui harangue les marcheurs. Cette foule assoiffée de sang, qui en fin de compte fait penser aux jeux de téléréalité qui inondent notre société.

« Peu m’importe si vous gagnez ou vous perdez, du moment que vous gagnez. »

J’ai vraiment aimé ce bouquin, la survie et la mort au rythme de cette marche lente et étouffante à la fois. J’ai trouvé tout cela tellement fou, irréaliste et tellement proche de ce que l’on voit parfois à la télé de nos jours ! Cette perversion, cette soif de voir l’autre vivre, cette soif de reconnaissance, cette connexion aux réseaux sociaux, qui laisse croire que la gloire arrive juste parce qu’on vous voit, ce livre offre de sacré similitudes avec notre époque !

« La Foule ne les avait pas perçues mais elle devait comprendre, elle comprenait sûrement que la boucle de l’adoration de la mort et du désir de mort était bouclée pour une autre année et la Foule devenait complètement démente, se convulsait dans un paroxysme de plus en plus violent. »

J’ai beaucoup pensé à « Hunger Games » en le lisant !

« Les seigneurs et les dames français, ils baisaient après avoir vu guillotiner des gens. les romains se gavaient pendant les combats de gladiateurs. C’est une distraction, Garraty. »

« Ils ne regardent pas la foule, aucun des deux qui restaient.
C’était comme s’ils ne savaient même pas que la foule était là.
Ils ne regardaient que la route, ils boitaient, tous les deux, ils se traînaient.
A croire qu’ils avaient été crucifiés et descendus de la croix
et qu’ils étaient forcés de marcher avec les clous encore dans les pieds »

1312260953538502211846259
Entrer une légende

Bio de l’auteur

Universellement reconnu comme le grand maître de l’épouvante (Simetierre, Shining, Ça), de la S-F et de la fantasy (Les Tommyknockers, La Tour Sombre), il sait aussi se faire le critique virulent de la société libérale américaine (Marche ou crève), évoquer les affres de l’adolescence (Carne) ou relever le défi du feuilleton (La ligne verte).

Publicités

20 réflexions sur « Marche ou crève de Stephen King »

  1. oui, clairement tous les romans à la Hunger games doivent leur filiation à ce bouquin de King / Bachman.
    Il est toujours d’actualité, après toute ces années, tu ne trouves pas ?

    Aimé par 2 people

    1. Et comment qu’il est d’actualité ! J’ai été scotchée de la modernité de ce bouquin. Je me suis même dis que j’aurai bien voulu en faire une étude détaillée ! Un visionnaire ce King 😉

      Aimé par 2 people

  2. Idem,il est passé aussi à la trappe chez moi 🙂 Et pourtant j’en ai avalé un certain nombre de Stephen King.
    Et sous le pseudo de Richard Bachman, il avait aussi écrit « la peau sur les os » que j’avais bien aimé

    Aimé par 1 personne

    1. J’ai lu la peau sur les os et j’avais bien aimé mais je trouve qu’un regard plus mûre donne un nouvel angle au bouquin 😉

      J'aime

  3. Je ne connaissais pas ce roman de King! Par contre le principe me fait beaucoup penser à Running Man, qui est un peu de la même veine: téléréalité, abbatage sanglant des candidats… D’une modernité déroutante.

    Aimé par 1 personne

  4. Si mes souvenirs sont bons, il fut écrit pour dénoncer certains jeux de téléréalité qui avaient déjà cours en Amérique… mais faudrait que je vérifie mes sources parce que j’ai lu ce King dans les années 90, ça date !

    Nous sommes dans une société de marche ou crève… si tu suis, tant mieux, si tu suis pas, on te laisse sur le bord de route et tu n’auras plus qu’à attendre l’half-trak ! 😦

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s