La Bête et la Belle de Thierry Jonquet

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Auteur : Thierry Jonquet
Éditeur : Folio policier
Date de parution Pages :1985
Pages  : 156
Prix : 6,50€

A écouter Léon, qui prend la vie comme elle vient, la mort frappe à tout va dans la banlieue. Il suffit de passer la tête dans l’appartement du Coupable pour se retrouver dans l’autre monde. Il faut dire qu’il s’y passe des choses étranges : les poubelles s’accumulent derrière les volets clos… De quoi éveiller les soupçons des habitants de la cité des Lilas Bleus et du commissaire Gabelou ! Mais les apparences sont faites pour être trompeuses…

Mon avis

Ainsi se termine l’histoire.

Personne ne se maria, personne n’eut beaucoup d’enfants.

Le crapaud resta crapaud, aucune jeune fille ne s’étant proposée pour lui donner un baiser, en dépit des nombreuses annonces parues dans les revues spécialises.

Le Petit Poucet, perdu dans la jungle des villes, devint contremaître chez Citroën.
Les sept nains terminèrent leur vie dans un centre de gériatrie.

Le petit canard ne devint jamais cygne : il retourna au pays avec le million pour les immigrés.

Le Chat Botté fut capturé par les rabatteurs d’un laboratoire pharmaceutique où l’on pratique la vivisection…

Tout fout le camp.

Je m’attendais à une adaptation de « La belle et la bête », je me suis retrouvée à lire un polar !

Je ne suis pas entrée très facilement dans ce livre, les personnages ne sont pas clairement identifiés et les faits ne se suivent pas pas nécessairement.

J’ai donc reconstruit cette histoire, morceau par morceau, ou du moins j’ai tenté !

Tout semble bizarre :

  • Un type qui accumule chez lui les sacs poubelles, qui pisse dans des bouteilles, son appartement devenant une décharge qui va éveiller l’attention des voisins…
  • Le commissaire qui cherche midi à quatorze heures alors qu’il a les confessions du Coupable?
  • Le vieux Léon qui s’entête à ne rien dire..

hein, pourquoi ? Pourquoi ?

« Le dimanche, je la voyais, du balcon, partir pour la messe, avec son petit chapeau couvert de raisins en bois et de feuilles d’églantine en tissu, son livre de prières sous le bras, sa démarche rapide, les fesses bien serrées, des fois qu’on allait lui mordre l’arrière-train ! »

En général, lorsque je lis un roman policier, je me laisse porter par l’histoire, les rebondissements… Je ne me pose pas trop de questions !

« Je suis là, tassé dans mon coin, assis dans un fauteuil à côté du bureau de Gabelou qui est parti en vadrouille je ne sais où. Je moisis ici depuis cinq jours… »

Je me laisse souvent embobiner, mais alors là j’ai été bluffée, scotchée, les bras m’en sont tombés !

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J’ai été bluffée par cette construction minutieuse de l’auteur ! J’ai relu deux fois ce livre, car certains passages prennent sens lorsqu’on arrive à la fin…

« Ils sont là, les flics, tout autour de moi; à me lancer des regards vachards, comme dans les films, avec la lampe braquée dans la gueule, leurs gros bras poilus, et de temps en temps, en prime, ils se foutent de moi. «Vieux Léon, qu’ils braillent, dis-nous tout, t’es le seul à avoir tout vu…» Et ça les fait rire. Je collaborerai pas. Je me le suis juré sur ce qu’il me reste de dignité. Et ça les étonne, ça, la dignité. Eux. S’imaginent du haut de leurs certitudes que tout leur est dû, eh bien, non, moi, Vieux Léon, je les envoie sur les roses. »

Un humour noir d’une grande qualité, une construction totalement détournée, tout tient dans les deux dernières pages où le lecteur se retrouve comme un idiot.

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J’ai adoré !

« Alors on a fait un gueuleton avec tout ce qu’il avait acheté, on s’en est collé plein la panse, on a roté, pété comme deux larrons en foire »

Bio de l’auteur

Thierry Jonquet est un écrivain français, né le 19 janvier 1954 dans le 14e arrondissement de Paris et mort à l’hôpital de la Salpétrière à Paris le 9 août 2009. Auteur de polar contemporain, il a écrit des romans noirs où se mêlent les faits divers et la satire politique et sociale. Il a également publié sous les pseudonymes de Martin Eden et Ramón Mercader.

Il a une enfance marquée par le cinéma, fait ses études secondaires au lycée Charlemagne à Paris, puis étudie la philosophie à l’université de Créteil et plus tard l’ergothérapie. Il travaille ainsi en gériatrie.

Devant le spectacle de la mort omniprésente, il commence à écrire pour raconter l’horreur et pour rendre hommage à un pensionnaire avec qui il s’était lié d’amitié. Lassé de l’environnement hospitalier, il brigue un poste d’instituteur. Il se voit affecté à un centre de neuropsychiatrie infantile. Puis il est nommé par l’Éducation nationale dans les cités de banlieue nord-parisienne où il a en charge une classe de section d’éducation spécialisée.

Tous ces métiers l’ont mis en contact avec les « éclopés de la vie ». Lorsque Thierry Jonquet découvre assez tardivement les romans de la Série noire, il peut faire le lien entre la violence du réel et la violence littéraire. Il publie son premier roman, Mémoire en cage, en 1982. Si les romans sont de pures fictions où il réinvente la réalité, il puise dans les faits divers, en revendiquant une totale liberté. Son roman Moloch lui a ainsi valu un procès. Bien que ses romans mettent en scène une société malade qui engendre la violence, la haine, le désir de vengeance, Thierry Jonquet refuse de porter l’étiquette d’auteur engagé. Même s’il ne cache pas qu’il est un homme de gauche, ses convictions ne s’expriment que très discrètement dans son œuvre. Thierry Jonquet mène de front deux activités distinctes — celle de scénariste et celle de romancier. Les personnages de son roman Les Orpailleurs ont donné naissance à une série télévisée, Boulevard du Palais. Il est aujourd’hui reconnu comme l’un des grands auteurs de romans noirs et ses livres sont autant de merveilles de construction, d’angoisse et d’intelligence narrative.

Son livre Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte a été adapté par Emmanuel Carrère pour la télévision sous le nom de Fracture en 2010, et a été réalisé par Alain Tasma.

Son roman Mygale a été adapté en 2011 au cinéma par le réalisateur espagnol Pedro Almodóvar, sous le titre La piel que habito.

Il a raconté son engagement militant à Lutte ouvrière, puis à la Ligue communiste révolutionnaire et Ras l’Front dans Rouge c’est la vie, où il disait de lui : « J’écris des romans noirs. Des intrigues où la haine, le désespoir se taillent la part du lion et n’en finissent plus de broyer de pauvres personnages auxquels je n’accorde aucune chance de salut. Chacun s’amuse comme il peut. ». Lors de ses obsèques, un certain nombre d’anciens militants de la LC/LCR étaient présents dont Romain Goupil.

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6 réflexions sur “ La Bête et la Belle de Thierry Jonquet ”

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