Ainsi fleurit le mal de Julia Heaberlin

Lu dans le cadre des challenges 1 pavé par mois et le challenge polar et thriller 2016-2017

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À seize ans, Tessa est retrouvée agonisante sur un tas d’ossements humains et au côté d’un cadavre, dans une fosse jonchée de milliers de marguerites jaunes aux yeux noirs. Partiellement amnésique, seule survivante des  » Marguerite « , surnom que les journalistes ont donné aux victimes du tueur en série, elle a contribué, en témoignant, à envoyer un homme dans le couloir de la mort. Terrell Darcy Goodwin, afro-américain, le coupable parfait pour la juridiction texane. Presque vingt ans ont passé. Aujourd’hui, Tessa est une artiste et mère célibataire épanouie. Si elle entend parfois des voix celles des Marguerite qui n’ont pas eu la même chance qu’elle, elle est toutefois parvenue à retrouver une vie à peu près normale et à échapper à la curiosité malsaine de la presse. Alors, le jour où elle découvre un parterre de marguerites jaunes aux yeux noirs planté devant sa fenêtre, le doute l’assaille… Son  » monstre  » serait-il toujours en cavale ? La narguerait-il ?

Editions : Presses de la Cité  Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par : Cécile Leclère Parution : 08 septembre 2016 Pages : 560 Prix : 21,50€

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« J’ai toujours pensé que la mort avait quelque compte à régler avec moi. »

Un livre dont la lecture au départ m’a dérouté ! Pour arriver au final à être un vrai coup de coeur ❤

Même si l’intrigue est lente à se mettre en place, ce qui pour moi était déstabilisant, l’auteur manie avec art l’alternance des époques et sait faire monter en nous le désir de connaître la fin avec avidité !

La plume est simple mais addictive, le choix de l’alternance des deux « personnalités-époques » de notre héroïne ne donne que plus d’ambiguïté au personnage et aux évènements. L’auteur brouille les pistes avec talent et virtuosité.

Il y a un avant l’événement qui fera basculer une vie et un après.

« Les souvenirs ne sont pas comme du compost, avait déclaré le docteur en me guidant jusqu’à son bureau. Ils ne se décomposent pas. »

Les sentiments sont très forts et bien transcrits du coup on vit les angoisses et surtout la révolte de cette ado marquée dans sa chaire et son esprit par ce qu’elle a vécu et nécessairement l’adulte qu’elle est a été marquée. Son attitude est au départ fuyante mais plus on avance dans la lecture plus Tessa grandit pour s’épanouir et en fin de compte réaliser à quel point elle a laissé sa vie lui échapper et cet évènement devenir prégnant dans son quotidien.

« J’aurais vraiment été heureuse de ne plus jamais,jamais,remettre ça.De ne plus jamais poser mes fessés sur le divan d’un psy.De ne plus revoir mes dessins manipulateurs représentant une jeune fille qui court dans le sable ,une autre dans sa bouche.
De ne plus avoir à lutter contre cette sensation atroce,l’impression que l’autre personne dans la pièce n’a qu’une envie ,éplucher mon cerveau pour percer à jour les secrets. »

A vouloir sauver une personne elle se sauvera elle-même et reprendra les rênes de sa vie.

Un roman d’une grande psychologie avec beaucoup d’espoir malgré la noirceur de certains personnages qui, au détriment d’autrui se construisent sur la faiblesse des autres sans se soucier du mal qu’ils font, tout persuadés qu’ils n’ont fait que rendre service.

« Tu trouveras toujours la bonne réponse si tu prends le temps d’y réfléchir. »

L’auteur brouille les pistes à plusieurs reprises.

« Que disait cette citation de Poe que Lydia aimait tant?  » j’ai sombré dans une folie ponctuée de longues périodes d’horrible lucidité »

Si vous pensez trouver la clé de cette histoire machiavélique rapidement détrompez – vous !

Au final vous finirez comme moi ! La bouche grande ouverte de stupeur avec un grand « merde alors » !

On ne peut finir ce livre sans être sur « le cul », bein oui c’est le cas de le dire, ainsi fleurit le mal est un titre plein de bons sens et une vérité assénée avec brio avec un style très rythmé grâce à l’alternance des époques.

« Et parce que Lydia resterait toujours Lydia,L’imagination dans la folie, un opus pris au hasard qui étudiait les  » dessins, plans,descriptions et coutumes des aliénés  » en 1876. Elle m’a enseigné les principes du test  » une maison ,un arbre,une personne ». La maison , c’est à dire comment je vois ma famille,L’arbre, mon univers . La personne comment je me vois,moi. »

Avec ce livre, l’auteur pose la question de la peine de mort aux États-unis et à sa légitimité et surtout se pose la question de la fragilité des témoins au moment du procès. Ainsi Tessa qui témoigne n’a que 17 ans, comment s’est construit son témoignage, comment se joue la vie d’une personne coupable ou non.

« Tout ce temps je me suis protégée,et jusqu’ici tout va bien.Je suis heureuse maintenant et plus la gamine que j’étais à seize ans. »

Dans ce roman, c’est aussi un peu le me culpa du Texas, État où les erreurs judiciaires sont les plus nombreuses et où les couloirs de la mort regorgent de prisonniers.

La question de la peine de mort est largement évoquée, avec en toile fond une vérité, et ce malgré leurs actes, l’humanité des hommes et des femmes qui ne sont plus du tout les mêmes après des années dans ces couloirs de la mort.

Se pose alors la légitimité de leur exécution et surtout la légitimité de la peine de mort.

Un livre qui ne pourra vous laisser indifférent par son histoire, sa trame et les interrogations qu’il soulève. Ce n’est pas seulement une enquête avec une ambiance tendue, avec des rebondissements, mais une histoire dans laquelle la psychologie des personnages est très bien construite grâce à un puzzle bien complexe monté par l’auteur.

« J’inspire profondément. En espérant que d’autres mères, plus normales, soient parfois traversées de pensées tout aussi incontrôlées que les miennes quant à la sécurité de leurs enfants. »

Pour vivre ce roman, il vous faudra prendre le temps de savourer chaque ligne pour apprécier à sa juste valeur ce très bon thriller psychologique.

« Ce que ce passage dans cette tombe m’a appris de plus précieux ? À relativiser. »

Plusieurs questions seront sûrement posées lors de la rencontre dans les locaux de Babelio qui risquent de donner un nouvel angle à cette lecture que je vous recommande fortement.

Un auteur à découvrir et à suivre.

Je remercie les éditions Les Presses de la cité et Babelio qui m’ont permis de découvrir ce roman.

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Rédactrice dans la presse, Julia Heaberlin a collaboré pendant vingt ans à plusieurs journaux, 54910_1notamment Fort Worth Star-Telegram et The Detroit News. Elle a quitté son travail pour se consacrer à l’écriture. Qui es-tu ? (Playing Dead, 2012) est son premier roman. Elle vit avec sa famille au Texas.

Site de l’auteur : http://juliaheaberlin.com/

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