La Maison et autres histoires de Nicolas Jaillet

La MaisonEn robe blanche, son bouquet à la main, Martine sait qu’elle n’aimera jamais Jean, l’homme triste et violent qu’elle vient d’épouser. Mais en elle, une graine est en train de germer. Pendant des années, elle survit à son quotidien et élève leur enfant. En silence, avec une audace et une obstination extraordinaires, elle prépare son évasion.

La Robe : Entre eux, c’est devenu un rituel : pour leur anniversaire, elle remet sa robe de mariée. Leurs amis les envient. Samuel et Sandra vivent un conte de fées…

La BagueUne femme caresse une bague à son doigt. Dans le train, un homme observe le visage de cette grande amoureuse changer…

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Editions : Milady Thriller Parution : 23 septembre 2016

Pages : 288  Prix : 5,90€

Merci à Lilas des éditions Bragelonne/Milady de m’avoir permis de découvrir cet auteur

 La maison :

Parue pour la première fois en 2013 aux éditions Rue du départ, est réédité cette année dans la collection Milady Thriller, agrémenté de deux autres nouvelles.

« Les femmes plus âgées, celles qui ont la bague au doigt, ont gardé leurs distances. Elles ne gémissent pas, elles. Elles savent. »

Tout tourne autour de Martine, infirmière, Jean, professeur de gymnastique et leur fils, qui raconte ce dont il se souvient et ce qu’il imagine. Notamment le mariage de sa mère, jeune fille enceinte de deux mois, avec cet homme qui devient querelleur et violent quand il a bu :

« Elle s’en rend compte à cet instant précis. Elle ne s’était pas encore posé la question, mais la réponse s’impose d’elle-même. Le bouquet, la robe, le mariage et l’enfant n’y changeront rien. Elle ne l’aimera jamais. C’est un soulagement. »

Martine réalise très vite qu’elle fait une erreur qu’elle va payer cher, des êtres qui se trompe de chemin de vie…

Martine est une battante qui ne veut pas se contenter d’une vie médiocre, malgré une atmosphère familiale lourde. Le narrateur, enfant vit le quotidien de ce couple tellement mal assorti.

Ce père « un homme normal qui, quand on le mettait en colère… » et une mère  victime résignée…

Même le père et le fils n’arrivent pas à communiquer, tout est fait pour éviter le pire.

« ici on ne crie pas. Tout se fait à mi-voix.« 

« Mon père avait cette façon paradoxale de nous faire comprendre que nous étions un boulet pour lui, alors que Martine se taisait. Et moi aussi je me taisais. »

Le père tellement insatisfait, irritable devient violent.

« Quand elle a un contretemps, Martine rentre du travail dans un état de nerfs fébrile. Elle sait que ça va tomber. Elle ne sait ni quand, ni sous quelle forme, mais la colère de Jean couve, dissimulée sous un voile d’attentions et de tendresse excessives. »

L’enfant va peu à peu se mettre à épier ses parents à guetter les signes qui précèdent la crise.

La mère passe pour une drôle de personne, elle stock tout ce qu’elle peut récupérer dans « sa pièce » dont elle est la seule à détenir la clé.

« Martine avait entreposé les objets que les autres jugeaient inutiles dans une sorte de cagibi… Cette pièce était rangée avec soin. Martine était la seule à y entrer. Elle n’y restait jamais longtemps. Elle rangeait. Mon père disait qu’elle trifouillait. Quand une assiette était ébréchée, ma mère refusait de la jeter. Elle l’emmenait dans son cagibi. »

C’est cette pièce qui aide la mère à ne pas sombrer dans une folie douce, elle accepte tout sans jamais se rebeller… Avec indifférence … Je me suis demandée si c’était pour se protéger ou protéger son fils. Cette pièce résonne comme le coeur de cette maison. La joie de cette femme.

Finalement on ne laisse voir que ce que l’on a envie de laisser voir ! On est jamais réellement ce que l’on est.

La mère ne déroge pas à cette règle, jusqu’au 16ème anniversaire de son fils…

« Non. La peur, on ne s’y habitue pas. »

Tout est sous-jacent dans ce livre, la tension est palpable ainsi que les blessures intériorisées, la peur est très présente une bonne partie de cette histoire terrible. Tous est suggéré avec distance.

A chaque instant tout peut exploser et nous avec et pourtant on ne sombre pas, rien ne sombre…

Les détails sont tellement bien construits, que le lecteur se trouve enfermé, piégé dans cette maison, dans chaque pièce, derrière chaque fenêtre, nous sommes logés à la même enseigne que ces personnages !

La Robe :

Une construction magistrale de la déchéance d’une vie de couple qui se vit à travers une robe. La flamme dans un couple doit s’entretenir et quoi de mieux pour le faire que de mettre tous les ans cette magnifique robe de mariée portée le plus beau jour de sa vie ? 

« Au début, c’était un jeu. Une suite d’événements qui se passait de commentaire et qui les avait séduit par son évidence. Les années suivantes ils avaient reproduit à peu près les mêmes gestes. D’anniversaire en anniversaire, le jeu était devenu un rite. Un rendez-vous d’amoureux. Un test. Un bilan. »

Comment réagirais – je face à l’homme que je pense être celui de ma vie, si je constatais peu à peu la perte de son amour ? 

Je ferais tout pour le reconquérir… Cette robe dans laquelle je suis toujours aussi belle est un symbole de notre amour… Elle est un symbole d’union à la vie à la mort… 

Nicolas Jaillet manie avec art les sentiments les plus nobles comme les plus vils ! L’être humain est magistralement beau dans sa haine, sa cruauté, son amour qui peut devenir possessif donc destructeur. 

Il explore les tréfonds de l’être humain dans ce qu’il a de plus vil et de plus manipulateur. L’homme est une machine aux sentiments complexes et parfois tordus et Nicolas Jaillet le prouve avec des mots simples directs et sans fioritures.

La Bague :

Parfois au gré de nos balades notre esprit divague et se plaît à se créer une histoire. Notre esprit en pleine digression se penche sur ce que pourrait être une vie, une personne. Comment cette personne vit ce qu’elle aime, qui elle aime ? Mais soyons réalistes sauf si nous avons un don de divination on passe à côté de la vérité qui est souvent tout autre…

Sobres, bouleversantes, ces 3 histoires ont en commun l’être humain et ses faiblesses, l’être humain et sa force, mais surtout nous démontre que Nicolas Jaillet est un sublime auteur qui sait manier avec art et grand savoir l’homme dans tout ce qu’il a de merveilleux.

Gros coup de coeur !

challenge polar et thriller 2016-2017

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Né en 1971, Nicolas Jaillet a toujours préféré les chemins de traverse. C’est sur les routes, au sein d’une troupe de théâtre forain, qu’il apprend le métier d’écrire. Plus tard, il compose des chansons pour son ami Alexis HK. 96935065_o

Ses romans explorent la littérature de genre : aventures, western, roman noir, science-fiction. Le présent recueil, inspiré d’histoires vécues, s’écarte de cette première tendance.

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