Entre deux mondes de Olivier Norek

 Parution : 5 octobre  2017- Editeur : Michel Lafon – Prix papier : 19,95€ – Prix Numérique : 12,99€ – Pages : 413 – Genre : Thriller Policier

Waouhhh… Ce livre est bluffant de sincérité, de vérité et l’auteur m’a complètement embarqué dans son intrigue… Une intrigue qui colle à la réalité et à l’actualité…

Entre deux mondes vous transporte dans un univers à part, dans un monde à part… Et pourtant, c’est un monde que nous avons contribué, peut-être en partie, à créer…

Je dois dire, qu’en me lançant dans cette lecture, j’y allais à reculons, pas trop fan de l’auteur, dont je n’ai lu que « code 93″… Mais qui n’avait pas réussi à me convaincre, malgré une intrigue intéressante. Pour autant, quelques conseils de blogueurs plus tard… Et surtout un retour à faire à Yvan 😉 qui a adoré ce livre, je me suis laissée guider et franchement ce fut un pur bonheur…

Le choix du titre est particulièrement révélateur de l’intrigue, puisque la Jungle de Calais, sépare les migrants encore en France, de l’Angleterre…

Pourquoi l’Angleterre ? Peut-être que les réfugiés pensent que leur insertion se fera plus facilement, beaucoup ont plus de notions en anglais qu’en français, le taux de chômage serait plus faible… Je reconnais ne pas savoir… Ne pas comprendre… Pourtant, malgré l’ouverture de ses frontières avec l’Italie, la France, par laquelle transitent une majorité de ces réfugiés, doit bloquer leur passage et leur interdire l’accès au ferry Calais-Douvres.

Calais devient une tranchée, une frontière, une plaie béante qui sépare les migrants, des pays qu’ils fuient et l’Angleterre représentant le paradis sur terre. Le plus grand bidonville d’Europe… Une zone de non-droit, où il est impossible d’intervenir, les règles sont différentes. La police laisse faire…

« Logique, si on refuse de les intégrer à la France, ce n’est pas pour les faire rentrer dans le système judiciaire. »

Je sais que je vais mettre du temps à me remettre de cette lecture… L’humain est placé tout en haut de la pyramide, malgré l’horreur qui l’entoure, malgré cette vie dans cette « Jungle calaisienne »

Les sentiments sont palpables, l’horreur se vit en directe, comme un reportage en immersion dans l’antre du Diable… L’antre de la Jungle te prend dans ses filets et ne te recrache pas indemne… Elle te recrache avec les stigmates, marque de fabrique de l’horreur… L’horreur dans laquelle, l’auteur a plongé… Nous a plongé…

L’auteur, plus humain ici, moins flic… Mais tout en le restant… Qui n’oublie pas qu’être flic c’est faire une promesse, une promesse de cœur et la parole donnée est sacrée… Sacrée, comme le serment que fait un flic de défendre certaines valeurs…

Calais, dont on sent l’exaspération… Mais que l’auteur a préféré aborder en filigrane, pour faire ressortir la détresse… Une détresse qui s’imagine, mais qu’ici, se vit…

Avec une plume plus travaillée, moins brutale, plus fine tout en étant concise, l’auteur nous entraine dans la folie, dans un monde barbare… Où, tout est bon pour se faire du fric… Tout est monnayable… Au prix du sang…

Mais, on ne peut rester insensible à la vue cette jungle macabre… Ce sont avant tout des hommes, des femmes, des enfants… Des flics, épuisés de voir leur incapacité à venir en aide… Leur incapacité à comprendre les ordres… Ordres de non intervention…

Comment accepter l’inacceptable ? Comment ne pas péter un câble et ne pas devenir barge ? Comment croire encore en la bonté humaine, alors que certains ne te montrent que noirceur, calculs et indifférence ?

L’Homme dans tout ce qu’il a de plus malsain, de plus vil, dans tout ce qu’il comporte comme horreur, mais aussi, l’Homme dans ce qu’il a de meilleur, l’amour de l’autre…

Une étude sociétale, en même temps qu’un excellent thriller. Le démantèlement de la Jungle n’a fait que pointé le désintérêt de la France, face à ses responsabilités… Il est tellement plus simple de cacher la misère en l’éparpillant… En la masquant au monde… Mais pourtant, elle est toujours là…

C’est tellement simple de pointer du doigt cette arrivée massive qui gêne…En surfant sur la vague de la haine et du rejet… Tout est tellement plus simple quand on ferme les yeux…

On ne devient pas migrant par choix… On devient migrant par nécessité ! Aider un migrant est aujourd’hui un délit de solidarité… Mais aider dans la détresse n’est-il pas le propre de ce en quoi on devrait tous croire ? Tous pouvoir faire ? Sans se sentir écrabouillé… Jugé… Détesté…

Entre deux mondes est d’une telle profondeur, dans les sentiments, dans la justesse des mots posés avec humilité, avec amour, espoir… Tout transpire du positif… Malgré le sujet grave… L’espoir est là, il est présent, palpable à quelques pas… A quelques mots…

« Les migrants fuient un pays en guerre vers lequel on ne peut décemment pas les renvoyer, mais de l’autre côté, on les empêche d’aller là où ils veulent. C’est une situation de blocage. »

« Comme bloqués entre deux mondes. »

Un livre qui se lit en apnée.. Qui te recrache complètement écrabouillé par cette horreur… Une lecture qui te colle un uppercut et qui te colle à la peau… Un auteur, dont je n’étais pas fana, mais qui a réussi à m’émouvoir, à me coller la frousse de ce qui pourrait arriver à ses personnages. Ses personnages extrêmement bien travaillés, même les secondaires, arrivent à émouvoir et étonner…

Une construction narrative prenante au point de te laisser sur le carreau…

Une  frontière très mince entre ce que l’on peut et ce que l’on nous oblige à accepter…Entre le bien et le mal… Suspendus… Entre deux mondes…

Écrivain et scénariste français. Il est lieutenant de police à la section Enquête et Recherche de la Sous-Direction de la Police Judiciaire (SDPJ) en Seine Saint-Denis (93). Il travaille d’abord en tant que bénévole chez Pharmaciens sans frontières durant trois années, lors desquelles il participe à la réhabilitation d’un hôpital à Saint-Laurent-du-Maroni en Guyane, ainsi que de l’approvisionnement en matériel médical des hôpitaux et camps de réfugiés des territoires en guerre de l’ex-Yougoslavie (1994-1995).
Il devient gardien de la paix à Aubervilliers, puis rejoint la PJ au service financier, puis au groupe de nuit chargé des braquages, homicides et agressions. Après avoir réussi le concours de lieutenant, il choisit Bobigny au sein du SDPJ 93, à la section enquêtes et recherches (agressions sexuelles, enlèvement avec demande de rançon, cambriolage impliquant un coffre-fort…).  Il écrit quelques textes et participe en 2011 à un concours de nouvelles. et décide de se mettre en disponibilité pour écrire son premier roman « Code 93 » (2013), un polar réaliste qui nous plonge dans le quotidien des policiers en Seine-Saint-Denis.
« Territoires » (2014), présenté en exclusivité à l’occasion du 6ème Festival International des Littératures Policières de Toulouse Polars du Sud, est la suite de « Code 93 ».  Son 3ème livre, qui met en scène le capitaine Coste, « Surtensions », paraît en 2016. Il obtient le prix du polar européen du magazine Le Point. Les droits de ses romans sont déjà acquis en vue d’être portés à la télévision pour y être déclinés en série.

 

 

ABC 2017_Policier/Thhriller

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27 réflexions sur « Entre deux mondes de Olivier Norek »

  1. J’avais apprécié Code 93 mais je n’avais pas non plus été complètement conquise et j’ai un peu laissé de côté l’auteur depuis mais ton avis sur ce dernier, plus humain, moins clinique, me donne carrément envie de tenter l’aventure!

    Aimé par 1 personne

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