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« Zahra’s paradise » de Amir & Khalil

Zahra’s paradise a d’abord été publié sur internet en une douzaine de langues : le farsi, l’arabe, le hollandais, le français, l’espagnol, l’italien, l’anglais, le coréen, l’hébreu, le portugais, l’allemand et le suédois. », une planche à la fois, tous les trois jours. Face au succès, le roman graphique a pris le relais.

Ce roman graphique porte le nom du plus grand cimetière en périphérie de Téhéran. L’ayatollah Rouhollah Khomeini, père de la révolution islamique, y est enterré.

C’est une fiction, directement inspirée de nombreux témoignages de disparitions réelles, lors de la répression des manifestants qui ont défilé dans les rues de Téhéran en contestation aux résultats des élections présidentielles iraniennes de 2009.

En fin d’ouvrage une explication sur l’origine de ce projet, l’élection présidentielle de 2009, les déclencheurs du printemps arabe et notamment un texte de Paulo Coelho sur Neda, cette jeune femme dont la mort, filmée, a fait le tour du monde.

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J’ai été très émue, en larmes, notamment lors des 14 dernières pages qui recensent les noms des 16901 personnes exécutées, assassinées ou abattues dans des manifestions depuis l’instauration de la République islamiste.

Les mots « république » « démocratie » ne sont que des mots notés dans une constitution fantôme, l’Iran pays de la censure et des droits de l’homme bafoués.

Avant de lire Zahra’s Paradise, je ne connaissais pas, la pendaison par grue, concept inventé en Iran. Elles ont deux fonctions : construire les bâtiments et pendre des êtres humains… Quel paradoxe !

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Les auteurs, pour des raisons politiques, ont choisi de rester anonymes et ont pris des noms d’emprunt, Amir et  Khalil. L’un est journaliste, militant des droits de l’homme, qui a quitté l’Iran vers l’âge de 12 ans, peu après la révolution de 1979. L’autre, dessinateur, est arabe et côtoie de nombreux iraniens. Il s’est senti fortement concerné par les évènements qui se sont déroulés en Iran en 2009.

Depuis la Révolution de 1979, l’Iran est une république islamique, théocratique qui repose sur la souveraineté du peuple mais surtout sur la volonté divine. Le chef de l’Etat est le Guide de la révolution, appelé Guide Suprême, nommé à vie, a tous les pouvoirs, . C’est le plus haut responsable politique et religieux du pays.
Le peuple a beau élire le président de la République, mais tout est contrôlé par les organes religieux, surtout le parlement, supervisé par le Conseil des gardiens de la Révolution.

Le 12 juin 2009, le président sortant Mahmoud Ahmadinejad est réélu avec 63% des votes mais les résultats sont très vite contestés par des nombreux iraniens et les autres candidats. Des  manifestations en masse s’ensuivent à Téhéran et dans tout le pays.

« Où est mon vote ? » se demandent des millions de manifestants. Une répression sans commune mesure s’en suit, que les médias étrangers n’ont pas le droit de diffuser ! Mais c’est sans compter sur les nouvelles technologies qui permettent de déjouer la censure et de diffuser la répression à l’extérieur de l’Iran.

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Ces manifestations sont certainement les plus importantes en Iran depuis la Révolution de 1979.

Bref, revenons à ce roman graphique qui m’a beaucoup touché et qui m’a permis de faire pas mal de recherches !

Suite à son arrestation, Medhi a été emmené par les bassidji (milice à la solde du pouvoir islamiste), à Kahrizak, centre de détention illégal où sont envoyés tous ceux considérés comme opposants à l’ordre islamique.

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Des conditions inhumaines  de détention : tortures, viols, cellules infectes, « tabassages » en règle … De simples manifestants y ont séjourné, disparu… suite à la manifestation de 2009.

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Les Iraniens n’avaient jamais entendu parlé de ce centre, rapidement fermé par l’ayatollah Kamenei, sûrement pour éviter que le scandale n’éclabousse trop le pouvoir… Mais il était trop tard …

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On ne peut refermer ce livre, sans se dire que nous avons malgré tout de la chance !!!

Un livre qui devrait être mis entre toutes les mains, surtout en ces temps troubles où les idées d’extrême droite sont de plus en plus diffusées et cela sans honte et sans remords ! Je pense à ces réfugiés que la France accueil et à tous ces gens obligés de fuir leur pays pour survivre ! Quand j’entends, « mais ils ont tout en arrivant » : ils ont aussi tout perdu… « On ferait bien de fermer les frontières…. »

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A ces gens, j’ai envie de poser une question : « Et si cela arrivait en France et que cela soit à nous français de devoir tout quitter et de devoir nous réfugier dans un autre pays, ne seriez-vous pas contents que l’on nous aide sans nous juger, pour nous aider à survivre !!! Ne seriez-vous pas simplement contents d’être en vie !!! ? »

Quand je lis les commentaires qui foisonnent sur les réseaux sociaux, j’ai une envie de vomir de dégoût face à la bêtise humaine et surtout face à la haine qui n’engendre que la haine !!!

L’individualisme n’engendre que la haine !!!

Je peux comprendre certaines peurs, mais pas le rejet en bloc de ce que l’on ne connaît pas !

La force de l’être humain est sa pluralité et sa diversité c’est cela qui fait un vivre ensemble.

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Scénario :  Amir  Dessin : Khalil

Couleurs : N&B Traduction : Marion Tissot 

EditeurCasterman  Planches : 270

Situé en Iran, après l’élection présidentielle frauduleuse de 2009, Zahra’s Paradise est l’histoire fictive (mais fortement inspirée de nombreux témoignages réels) de la recherche de Medhi, un jeune manifestant qui a disparu dans les goulags de la République islamique. Seuls le courage d’une mère refusant d’abandonner son fils et la ténacité d’un père qui explore les méandres des prisons des ayatollahs se dresseront contre l’horreur et l’injustice d’une telle disparition. Zahra’s Paradise a d’abord été publié sur Internet en une douzaine de langues, dont l’anglais, l’arabe et le farsi. Cette histoire a ainsi été lue par des milliers de lecteurs partout dans le monde et a déjà reçu un accueil enthousiaste de la presse internationale. Une première pour un roman graphique.

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« Dans l’ombre de Charonne » de Alain et Désirée Frappier : pour ne pas oublier …

Maryse Douek-Tripier en a « marre d’être une rescapée », elle a gardé le silence sur le moment le plus douloureux de sa vie. Elle se confie à Désirée Frappier sur le massacre à la station de métro Charonne, le 8 février 1962.

La première bande dessinée des éditions Mauconduit est un document historique qui revient sur cet épisode tragique et peu connu.

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Un véritable travail d’historien de Désirée Frappier, qui a mené une enquête auprès de plusieurs personnes, présentes et témoins au moment du drame. Depuis la préface de Benjamin Stora :  « Le respect des faits historiquies et de l’émotion est un exercice toujours délicat », écrit-il « Mais tout cela est mis en scène finement, avec une sobriété bienvenue, un sens aigu des situations et ce goût du détail qui installe une atmosphère », jusqu’au témoignage de l’héroïne.

On vit aux côtés de Maryse au fil de pages, d’autres sujets sont abordées, comme l’exode des juifs égyptiens au moment de la guerre israélo-arabe, l’attente des papiers en France…, même le quotidien des lycéens français des années 60 est évoqué.

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Une leçon d’histoire sur chaque planche dessinée sans que l’on ne s’en rende compte.

charonne2Une très belle reconstitution de l’époque et des événements qui ont conduit aux 9 morts du métro Charonne.dans-ombre-charonne-magnifique-eclairage-sur-fevrier-1962_4_6388881

Férue d’histoire, je dois dire que cette BD m’a beaucoup apporté ! Elle a contribué à m’éclairer sur la guerre d’Algérie, la réaction en France de la population et des politiques… La France presque coupée en deux, les associations, les débats à l’école, dans les cafés…

Quand j’entendais parler de Charonne, cela faisait juste référence à un évènement de l’histoire de France, puisque ce que je l’avais appris lors de mes cours…

D’autres dates ont été évoquées lors du procès de Papon fin des années 90, notamment son implication lors de la manifestations des travailleurs algériens du 17 octobre 1961 contre le couvre-feu qu’il avait imposé en tant que préfet.

Mais je ne savais pas (honte à moi) que le 8 février 1962, des gens étaient morts écrasés dans les escaliers du métro. Que les policiers avaient jeté sur eux les grilles en fonte qui bordent les arbres.

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Pourtant je connais bien cet endroit, cette station… sans savoir … ces escaliers …. le 8 février 1962…

Une BD qui décrit, comme si on y était, l’appel à la dispersion de la manifestation dans le calme, la charge de la police, la furie, la panique, les corps piétinés et en panique qui cherchent à se réfugier dans la seule voie de secours qui s’offre à eux  : la bouche du métro Charonne…

Une manifestation sauvagement réprimée, qui fut un vrai choque à l’époque, ce qui a amené à s’interroger sur les pratiques de maintien de l’ordre en France…

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Une reconstitution historique très précise et documentée de manière sérieuse, sans être pesante.

Une belle initiative de devoir de mémoire dans le domaine de la BD.

 

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Alain Frappier est peintre, graphiste et illustrateur. Il s’allie avec Désirée Frappier et le duo signe « Dans l’ombre de Charonne » en 2012, « La vie sans mode d’emploi… » (2014) et « Le choix » en 2015 qui aborde la question de l’avortement.
site : http://www.alainfrappier.com/

Je comprends beaucoup mieux cette chanson de Renaud, après avoir lu cette BD.

Renaud « Hexagone » :

« Ils sont pas lourds, en février,

À se souvenir de Charonne,

Des matraqueurs assermentés

Qui fignolèrent leur besogne,

La France est un pays de flics,

À tous les coins d’rue y’en a 100,

Pour faire régner l’ordre public

Ils assassinent impunément. »

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Scénario :  Désirée Frappier – Dessin : Alain Frappier – Edition : Mauconduit – Planches : 136

Maryse, une jeune lycéenne de 17 ans, décide de participer avec ses copains de lycée à une manifestation contre le fascisme et pour la paix en Algérie. Nous sommes à Paris, en 1962.

Après 8 ans de guerre, l’indépendance de l’Algérie devient inéluctable. L’OAS, regroupant dans ses rangs les fervents défenseurs du dernier bastion d’un empire colonial agonisant, multiplie les attentats à la bombe sur la capitale. Le 8 février, après 14 attentats, dont un blessant grièvement une petite fille de quatre ans, des manifestants se regroupent dans Paris aux cris de «OAS assassins», «Paix en Algérie». La manifestation organisée par les syndicats est interdite par le préfet Maurice Papon. La répression est terrible. La police charge avec une violence extrême. Prise de panique, Maryse se retrouve projetée dans les marches du métro Charonne, ensevelie sous un magma humain, tandis que des policiers enragés frappent et jettent des grilles de fonte sur cet amoncellement de corps réduits à l’impuissance. Bilan de la manifestation : 9 morts, dont un jeune apprenti, et 250 blessés.
50 ans plus tard, Maryse Douek-Tripier, devenue sociologue, profondément marquée par ce drame dont elle est sortie miraculeusement indemne, livre son témoignage à Désirée Frappier. C’est une véritable histoire dans l’Histoire à laquelle nous invite l’auteur, restituant ce témoignage intime dans son contexte historique et tragique, tout en nous immergeant dans l’ambiance des années soixante : flippers, pick-ups, surboums, Nouvelle Vague, irruption de la société de consommation.

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L’Empoisonneuse de Barbara Yelin et Peter Meter

Le regard de cette femme sur la couverture m’a attiré, regard que je n’arrivais pas à déchiffrer… Triste ou malsain rien ne transparaît vraiment !

Donc il me fallait plonger dans ces planches,  dessinées au fusain et au crayon, ce qui donne un aspect encore plus sombre à l’histoire qui s’inspire de faits réels, du coup j’ai lu cette BD avec un autre regard et surtout plus d’attention.l-empoisonneuse-122739Comme l’héroïne, j’ai cherché à comprendre ce qui avait pu pousser Gesche Margarethe Gottfried, « L’ange de Brème », qui a tué pas moins de 15 personnes, à donner du “beurre à souris” (saindoux à l’arsenic) tartiné sur du pain à ses enfants, ses compagnons, ses amis, ses parents, ses voisins… tout en soignant certains, pour alléger leurs souffrances.planchea_109459Une telle contradiction dans le comportement est un tel mystère que cette femme ne pouvait être complètement saine d’esprit. Cette envie de comprendre et de donner une justification médicale est certainement liée à notre regard plus moderne et plus « psychologue » qu’à l’époque des faits, influencée par les préjugés, la bien séance et la religion.

Plusieurs personnages (le pasteur, l’avocat…) apparaissent plus ou moins fourbes, dans cette société brèmoise taxée d’être une société beaucoup plus « évoluée » à l’époque. Les habitants voient notre héroïne d’un mauvais œil, pour eux cette étrangère vient fouiner et veut ruiner la réputation de la ville.

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La ville est rongée par cette histoire d’empoisonnement trop longtemps dissimulée, l’ambiance en devient suffocante et son aspect paisible est bien loin de la réalité du moment. Les regards sont fuyants, furtifs, les chuchotements et les confidences, donnent, en fin de compte un aspect noire à cette ville et je me suis attachée à cette accusée, qui n’aura été entendu qu’à cause de ses meurtres…

Cette BD est à la fois fascinante et grave, l’atmosphère est sombre avec une tension palpable.

Une histoire qui mérite d’être plus connue et surtout, qui donne envie d’en savoir plus.

Suite à ses aveux et sa condamnation à mort, elle aura la tête tranchée sur la voie publique. Elle sera la dernière personne à être exécutée ainsi.

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Barbara YELIN

Née à Munich en 1977, Barbara Yelin a étudié l’illustration et la bande dessinée à Hambourg et vit désormais à Berlin.Ses deux premiers livres ont été publiés à l’An 2 : Le Visiteur en 2004 et Le Retard en 2006. Elle a participé en 2008 à deux albums collectifs : Les Bonnes Manières (Actes Sud – l’An 2) et Pommes d’amour (Delcourt). Elle fait partie du collectif de dessinatrices qui publie la revue Spring. Elle est ici pour la première fois associée à un scénariste.

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Peer METER

Le scénariste, Peer Meter, est né à Brème en 1956. En 1976, il fonde une petite revue de BD, Com-Mix. Depuis 1986, il est rédacteur et écrivain indépendant, entre autres pour la revue littéraire Stint. Proche du milieu théâtral, il a travaillé sur des oeuvres de Fassbinder, Beckett, Büchner. En 1988, il commence à s’intéresser au cas Gesche Gottfried, et en tire une pièce de théâtre, créée en 1995, à Flensbourg. Il publie la même année le livre-enquête Gesche Gottfried. Ein langes Warten auf den Tod, premier bilan de ses recherches sur ce fait criminel. Il écrit d’autres scénarios de bande dessinée à propos de meurtriers célèbres, notamment pour la dessinatrice Isabel Kreitz.

 

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Scénario :  Meter Peer – Dessin : Yelin Barbara – Couleurs : N&B

Traduction : Paul Derouet – EditeurActes Sud – L’An 2 – Planches : 190

Une jeune femme, qui fait profession d’écrire, arrive à Brème, dans le Nord de l’Allemagne, par bateau. Nous sommes au début du XIXe siècle. Venue pour rédiger une description touristique, elle ignore que toute la ville est en proie à une étrange fièvre, parce que l’on se prépare à exécuter en place publique une femme accusée d une quinzaine d’assassinats par empoisonnement. Son propre destin va se trouver mêlé à l’histoire de cette meurtrière. Ce drame historique est basé sur une histoire vraie, celle de Gesche Margarethe Gottfried (1785-1831), surnommée «l’Ange de Brème». En mars 1828, la ville de Brème fut secouée par la découverte d’une affaire criminelle sans précédent. Il avait fallu quinze ans pour que fût démasquée Gesche Gottfried, tueuse en série qui confessa avoir empoisonné, depuis 1813, quelque quinze personnes : ses parents, ses deux maris, son fiancé, ses enfants, sa propriétaire et quelques amis ! Elle fut la dernière personne à être exécutée publiquement dans la ville de Brème.